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Weekend of a Champion, par Roman Polanski

Weekend of a Champion, par Roman Polanski

À la veille des premiers essais de la 75e édition du Grand Prix de Monaco, Roman Polanski raconte son aventure dans la réalisation de Weekend of a Champion, documentaire héroïque sorti en salle en 2013.

J’ai eu l’idée de ce documentaire sur Jackie Stewart, Weekend of a Champion, parce que je m’intéressais beaucoup au sport automobile et que nous étions proches. On se voyait souvent à cette époque. J’ai voulu faire un film sur un ami, un grand champion, quelqu’un de fascinant. Il était déjà célèbre, c’était une star. Il avait une très bonne éloquence. Il savait (et sait toujours) transmettre à son interlocuteur des concepts très techniques d’une manière simple et claire. Son expertise est passionnante, et il en parle avec talent. Ce qui est aussi intéressant ici, c’est qu’il nous révèle ses secrets de conduite. Car chaque pilote a ses secrets, qu’il essaie de garder pour lui… D’ailleurs, on s’en rend bien compte quand, dans les stands, Jackie donne des conseils à François Cevert puis s’arrête, pour éviter que l’autre coureur ne l’entende. Avant, tout était ouvert, les écuries pouvaient s’espionner les unes les autres. Maintenant, chaque stand est correctement isolé.

La caméra embarquée est une innovation de Frank Simon, le réalisateur. Quand le documentaire a été présenté au Festival de Berlin, en 1972, il s’agissait d’images inédites. On n’aurait jamais pu tourner ainsi sans Jackie, et sans le pouvoir qu’il avait lors des négociations avec les organisateurs. La caméra était assez petite puisqu’on tournait en 16 mm, mais ça restait conséquent. On a fait un seul tour, sous la pluie, en plus ! Et là, on voit ce que le pilote voit, c’est-à-dire pas grand-chose dans ces conditions. On réalise les risques que les coureurs prenaient, notamment dans le fameux tunnel de Monte-Carlo. Depuis, l’ouvrage a été allongé, ouvert d’un côté et bien éclairé. Mais à l’époque, c’était un trou noir, et les bords saillants des trottoirs nous paraîtraient inconcevables de nos jours…

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On aperçoit dans le film de nombreuses légendes disparues : Graham Hill, Stirling Moss, Louis Chiron, Fangio… Aujourd’hui, on a le sentiment qu’il y a moins de figures marquantes dans le sport automobile – ou, en tout cas, qu’elles sont moins populaires. Autrefois, la motivation des pilotes était complètement différente. On avait affaire à des gladiateurs ! Le public attendait du sang et de la violence, comme le dit Jackie Stewart. Lui-même était une sorte de rock star, quelqu’un de très populaire, représentatif de l’esprit fun et de la liberté qui caractérisait les années 70. Mais c’était aussi quelqu’un d’extrêmement discipliné, intelligent, et le champion de la sécurité. C’est grâce à lui qu’il y a un tel dispositif désormais, comme les rambardes ou les feux rouges à l’arrière lorsqu’il pleut. C’est incroyable de s’imaginer que cela n’existait pas auparavant ! Jackie se battait pour tout ça. Avec d’autres pilotes, mais il était le leader, celui qui bataillait avec les organisateurs et les constructeurs pour faire évoluer les choses et rendre la compétition moins dangereuse. Il en parle beaucoup dans Weekend of a champion : un pilote de F1 avait alors une chance sur trois de survivre sur une période de cinq ans. D’ailleurs, tous les pilotes que l’on voit faire la queue, dans une des scènes, pour serrer la main du prince de Monaco, sont morts dans des accidents de course. Si j’ai choisi de mettre l’accent sur la sécurité lors de nos retrouvailles, c’est parce que c’était une de ses obsessions. Son combat a porté ses fruits.

À de rares exceptions près, ce film tourné en 1971 est resté quasiment inédit. Il a pourtant été distribué, mais les documentaires étaient peu prisés au cinéma. Il est passé une fois à la télévision en Angleterre, et peut-être a-t-il été diffusé en France… Il a obtenu un prix en 1972 au Festival de Berlin. Et ce fut tout. Une carrière brève.

Il y a environ cinq ans, le laboratoire Technicolor de Londres m’a contacté pour savoir s’ils pouvaient disposer du négatif du film. Je n’en avais pas entendu parler depuis très longtemps. Je leur ai demandé de me tirer une copie. Après l’avoir visionnée, je leur ai réclamé un master et j’ai dit à mon monteur, Hervé de Luze, que je voulais restaurer le film et tourner une partie contemporaine avec Jackie. Nous avons beaucoup planché sur la version d’origine : on l’a remontée, amputée d’environ trente minutes, complétée avec du matériel d’archives puis remixée. Quand j’ai décidé de reprendre le projet, je ne pensais pas qu’il y aurait autant de boulot. J’ai travaillé avec mes collaborateurs habituels, qui ne connaissaient pas la première mouture. Après Weekend of a champion, Frank Simon a entamé un autre projet, The Chicken Chronicles. Puis j’ai appris qu’il avait eu un accident vasculaire et qu’il était hospitalisé à une heure de New York. C’était il y a une trentaine d’années. C’est la dernière fois que j’ai entendu parler de lui. Il est décédé quelque temps après. J’aimais beaucoup Franck. En plus d’être un réalisateur de documentaires hors pair, il était un formidable joueur d’échecs. Il m’a beaucoup appris. Si j’ai choisi de ressortir ce film aujourd’hui, c’est pour des raison sentimentales, et la nostalgie d’une très belle époque.

Weekend of a Champion en détails

En 1971, Frank Simon, réalisateur, et Roman Polanski, en tant que producteur, ont suivi le pilote de Formule 1 Jackie Stewart, le temps du week-end du Grand Prix de Monaco. Ils en ont tiré un documentaire presque inédit, Weekend of a Champion, dont une version restaurée, remontée et complétée est sortie en salles en 2013. Des premiers essais à l’après-course, c’est une extraordinaire plongée dans l’intimité d’un champion au faîte de sa gloire qui nous est offerte. A ne pas rater.

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Réalisateur, producteur et scénariste franco-polonais, également comédien, ainsi que metteur en scène de théâtre et d'opéra. Il a notamment réalisé Répulsion, Cul de sac, Le Bal des vampires, Rosemary's Baby, Chinatown, Le Locataire, Tess, Le Pianiste, Oliver Twist, The Ghost Writer ou encore Carnage. Il a reçu quatre fois le César du meilleur réalisateur, entre 1980 et 2014, et l'Oscar du meilleur réalisateur en 2003.

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