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Essai Nissan GT-R : Autobahn, Nürburgring & Polizei

Essai Nissan GT-R : Autobahn, Nürburgring & Polizei

Pour qui veut écraser le champignon, une destination s’impose : l’Allemagne. Au programme de notre périple : les 550 ch d’une Nissan GT-R, les autoroutes à vitesse illimitée, le mythique Nürburgring en accès libre et, hélas pour nous, les forces de l’ordre en voiture banalisée…

Quand on a l’avantage de rouler dans une voiture surpuissante, on est souvent confronté à d’aimables plaisantins qui vous collent au train afin de tester la capacité de relance de votre véhicule. Situation agaçante, mais qu’une vigoureuse accélération permet de régler en à peine plus de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Car, une fois l’importun cloué sur place, celui-ci veille généralement à se tenir à une distance respectable de vos échappements, tandis que vous adoptez à nouveau une allure raisonnable (ou non). Mais il y a des exceptions. Comme, par exemple, en ce début d’après-midi ensoleillé, à l’approche de la frontière germano-luxembourgeoise de Wasserbillig, alors que nous – votre serviteur, son photographe, et une Nissan GT-R de 550 ch – regagnions Paris.

Après avoir doublé une file de voitures (sans faire de folie, mais certes quelques kilomètres-heure au-delà des 80 réglementaires en cet endroit précis), puis nous être rabattus sur la voie de droite, nous avons vu grossir dans notre rétroviseur, jusqu’à en occuper toute la largeur, une BMW Série 3 avec deux hommes à bord, sans volonté manifeste de nous dépasser. Un coup d’accélérateur nous éloignera rapidement de ces « colle-au-train », mais ceux-ci reviendront sur nous quelques secondes plus tard, après avoir pris soin de mettre en marche leur gyrophare embarqué, dont la présence nous avait échappé…

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Cette fois, nous nous laissons doubler et suivons docilement la 330d gris clair, ainsi que nous y enjoint un panneau à message variable posé sur la plage arrière. Nous quittons l’autoroute, nous garons quelques kilomètres plus loin, avant que ne démarre la séance de verbalisation en anglais, durant laquelle ces messieurs de la Polizei, plutôt sympathiques d’ailleurs, m’expliquent que, quand ils viennent en France, ils sont soumis aux 130 km/h réglementaires et que, malgré ma tentative de conciliation (on ne sait jamais…), il n’y avait aucune raison, en tant qu’étranger, que je coupe au PV. Celui-ci s’élèvera à 625 € pour 74 km/h de trop, à régler sur place par carte Bleue avec un sabot, à l’ancienne, mais après vérification de la validité de mon moyen de paiement via un central téléphonique. Surtout, ils m’apporteront la preuve matérielle de l’infraction en me montrant, non pas la photo, mais carrément le film sur l’écran de la console centrale de la BMW, tandis que ma vitesse s’affichait en temps réel dans le coin inférieur droit. Rien à redire, hélas, le délit était flagrant… Nous nous quitterons donc bons amis (enfin presque), nous serrant même la main après qu’ils auront accepté de poser pour une photo-souvenir. Et nous reprendrons notre route… à une vitesse légale.

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Les choses avaient pourtant bien commencé. Départ de la capitale la veille, en début d’après-midi, direction l’Allemagne. Soit un trajet d’un peu plus de 500 km en empruntant l’A4 direction Reims, puis Metz, traversée du Luxembourg, et arrivée outre-Rhin sous une pluie battante. Là, dès les premiers kilomètres sur des Autobahnen (autoroutes) où l’allure moyenne est bien plus élevée que chez nous (sur les portions illimitées, le 130 km/h est seulement conseillé), on constate que les grosses berlines diesels font clairement la loi : Audi A6, BMW Série 3 et 5, Mercedes Classe E, Volkswagen CC… On sent les conducteurs allemands habitués à rouler vite, et les plus lents d’entre eux, quand ils quittent la file de droite, veillent toujours à bien regarder dans leurs rétroviseurs. En d’autres termes, ces gens-là savent conduire vite… et bien, si l’on en juge par leurs statistiques de sécurité routière, parmi les moins mauvaises d’Europe, avec moins de 60 tués par million d’habitants.

Un enfer vert en Nissan GT-R blanche

Restait une centaine de kilomètres à couvrir jusqu’à la destination de notre voyage placé sous le signe de la vitesse : le mythique circuit du Nürburgring, ouvert en 1927 dans le massif de l’Eifel, réputé parmi les plus sélectifs au monde – mais aussi les plus dangereux, sachant que les dégagements y sont quasi inexistants. Quelques chiffres : 20,8 km de long, 73 virages (dont 33 « gauches »), des montées à 16 % alternant avec des descentes à 11 %, et un point culminant à 620 m d’altitude, soit 300 m de plus que le point le plus bas. « Grüne Hölle » (l’enfer vert), qu’y disent… Celui où toute voiture aux prétentions sportives doit faire ses preuves, abondamment relayées en ce cas sur Internet par son constructeur, et où le fait de descendre sous la barre des sept minutes (pour un modèle de série) relève de l’exploit.

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Cet endroit charmant présente la particularité d’être accessible plusieurs fois dans l’année au grand public lors des Touristenfahrten, qui rassemblent des passionnés venus de tout le continent. Pour accueillir ce petit monde, il existe de nombreux hôtels à des prix variés dans un périmètre de 15 km. A notre arrivée tardive à notre Gasthaus, nous garerons ainsi notre Nissan GT-R entre une Porsche 996 Turbo et une Mercedes SLK 55 AMG, toutes deux venues d’Angleterre, et ferons la connaissance de deux jeunes petrolheads hollandais en Hyundai Veloster, dont l’un venait au «  Ring » pour la deuxième fois en quelques mois.

Un circuit ouvert à tous

Le lendemain matin, alors que la brume baigne encore la campagne rhénane, et qu’une température fraîche et une chaussée humide incitent à une relative sagesse, direction le circuit, que borde un immense complexe comprenant notamment pistes de karting, grand huit, boutiques dédiées au sport automobile ou au cinéma. Un véritable parc d’attractions lié à la passion de la vitesse et des sensations fortes. Sur le parking situé à proximité des barrières de péage permettant l’accès à la piste, un véritable concentré d’Europe : des Tchèques, des Allemands, des Anglais, des Français (nous) et des Hollandais, avec les voitures les plus diverses, parmi lesquelles une Volkswagen Golf II à l’apparence déglinguée (mais dotée d’un turbo), une BMW Série 7, une Volvo S70 T-5 (youngtimers forever !) ou encore une Subaru Impreza WRX équipée de nombreuses pièces « spéciales ». Bref, le panel est large.

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Une fois la caméra GoPro accrochée par ventouse à la portière (les équipements de ce type sont autorisés uniquement à l’intérieur de l’habitacle) et l’appareil photo prêt à servir, nous décidons de nous lancer rapidement. Avantage de taille : la piste est dégagée. Quand on découvre un tel monument, il est plus confortable de ne pas avoir à guetter dans le rétro une meute de fous furieux qui connaissent par cœur chacune des bosses jalonnant le tracé…

Pour agrémenter la séance, l’adhérence s’avère alors à ce point précaire que la moindre manifestation d’optimisme au volant se traduit, malgré la transmission intégrale, par une dérobade du train arrière ou un sous-virage. Les vibreurs s’apparentent ainsi à d’authentiques patinoires, et il convient d’éviter autant que faire se peut les parties les plus ombragées des courbes, quitte à commettre de graves entorses aux lois de la « bonne trajectoire »… Moyennant quoi je parviens à boucler mon premier tour en quasi-apnée mais sans « chaleur ». Et, surtout, pas mécontent de souffler un peu.

En me garant sur le parking, les narines chatouillées par l’odeur de freins fortement sollicités au bout de la ligne droite précédant la sortie, j’ai une pensée pour les pilotes des années 60 et 70, qui s’élançaient à toute allure sur cette même piste, avec des voitures autrement moins « prévenantes » que la Nissan. Je réalise à quel point ces hommes s’apparentaient (et s’apparentent encore) à des extraterrestres, et comprends mieux pourquoi ce circuit si difficile à mémoriser a acquis cette réputation de juge de paix dans l’univers de la compétition.

Entre les compressions, les dévers, les virages aveugles et les vibreurs assassins, le tout reposant sur un revêtement parfois bien mal en point, il y a largement de quoi martyriser mécaniques, châssis, freins et pneus… Ainsi, la concentration requise est telle que l’on ne voit pas les minutes passer. Et l’on peine à croire que n’importe qui peut s’y frotter, les dégagements ne dépassant pas 2,50 m de large !

271 km/h en Nissan GT-R

Je m’essaierai sur le mythique tracé une seconde fois, avec alors la satisfaction d’avoir « attaqué » davantage et – un peu – mieux maîtrisé mon sujet, pour terminer par une pointe à 271 km/h dans la (courte) ligne droite finale au bitume fatigué, si fatigué qu’il en est tout bosselé, et où il est difficile de tenir une trajectoire au millimètre. Les 315 km/h officiellement revendiqués par la Nissan GT-R, ce sera donc pour plus tard…

Néanmoins, un mot s’impose sur cette extraordinaire voiture… Un couple phénoménal et présent dès les plus bas régimes, une force de traction colossale, des accélérations dantesques et des relances météoriques, le tout servi par un comportement routier ultra-rigoureux. Ainsi, à aucun moment on n’a l’impression que la bête pèse 1 740 kilos à vide. Sur la route du retour, nous profitons de quelques portions d’autobahn désertes pour solliciter le souffle inépuisable du V6 3.8 doublement turbocompressé, formidable machine à rouler vite et à comprimer temps, distance… et compte en banque, pour peu que la Polizei s’en mêle. Allez, sans rancune, nous nous serons tout de même bien amusés…

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